“Celui
qui erre n’est pas perdu, il cherche”. Que
l’auteur de cette phrase me pardonne d’avoir
oublié son nom. Mais comme un film demeure par
sa force et non par son réalisateur, comme une
photographie est plus importante que celui qui l’a
faite, les mots prennent leur dimension dans ce qu’ils
expriment et non dans l’identité de leur
auteur. L'œuvre doit toujours demeurer au-dessus
de son père, sinon il y a tricherie, forfaiture
et mensonge. C’est en ceci que demeure le tribut
que l’artiste doit payer en échange d’avoir
eu le don de toucher, d’émouvoir, de donner
à réflexion, en un mot de posséder
cet extraordinaire plaisir qui est celui de créer.
“Celui qui erre n’est pas perdu, il cherche”. Nous
sommes ici loin de la ligne droite, de ce trait qui relie deux points
entre eux en allant au plus court, au plus rapide, pour éviter
les embûches et la perte de temps. Si elle reste un moyen sûr
et pratique, la ligne droite n’est en rien créatrice et n’alimente
jamais la réflexion. A celle-ci correspondent l’homme pressé
et les certitudes. Pour celui qui décide de passer de cette superficialité,
de cette “droiture” infructueuse à une réalité
plus profonde, correspond les chemins de traverses, les méandres
des fleuves, les chutes des cascades, les tourbillons des torrents dans
ce qu’ils ont de tumultueux et non de spectaculaires. Et avec eux,
le doute, la peur, le plaisir, la joie, une dualité permanente
qui mène à la déstructuration. C’est à
partir de là que l’on peut reconstruire. Le bout du chemin
prend alors une tout autre couleur : celle de la découverte.
La photographie n’échappe pas à cette règle.
Derrière tout sujet se cache autre chose : une transcendance du
sujet originelle ou tout simplement un sujet différent que l’on
n’aurait jamais pu découvrir sans être passé
par le premier. Une traversée du miroir pour une nature toute différente.
Le premier regard est parfois trompeur. La vérité se cache.
S’en approcher se gagne. Patience et sincérité en
sont la clé. Le “virage” et les “détours”
s’imposent alors.
|
 |
|